Je vais me plaindre, geindre et pleurnicher. Peut-être les mots me feront du bien. Je n’oblige personne à me lire d’autant que je comprends le petit côté ridicule dans un monde pareil de pleurer la mort et la maladie des animaux. N’empêche je suis malheureuse comme les pierres. Jeudi, Micio allait visiblement mal. Je repoussais le moment par peur de la mort, parce que je savais le mal que ça allait me faire. De là à prolonger une agonie, non. Donc entre deux cours, je descends mon chat pour le faire piquer, je le caresse il ronronne encore et me fixe, confiant en ma douceur. Je pars et pleure dans la voiture , me recompose un visage social pour les cours et les autres. Personne n’y verra rien. J’y retourne pour prendre le corps, au frigo Micio, sac plastique et rigidité. Heureusement Mme B. me propose son jardin –un parc splendide- pour l’enterrer, lieu de « ses vacances »… Ce n’est pas moi qui fais le trou, je me sens prise en charge et c’est moins difficile que de creuser seule le maquis à mains nues (je n’ai pas de bêche,ici). Je croise M., aucune envie vue la situation, moi en train de sonner avec 8kg de la mort de Micio à bout de bras. Je fais un geste de la main « pars ».. il part. Je rentre Léa tousse depuis qu’elle m’a vue partir avec Micio, panne d ‘électricité, froid solitude et obscurité, silence…je pleure pendant des heures en me disant que demain ça ira mieux. Lea tousse de plus en plus. Hier elle étouffait, véto à 2 h du matin (ce que je n’ai jamais fait pour moi, impossible à supporter devant un animal qui souffre…), elle me rassure un peu et confirme ce que je trouvais un peu bête. Lea est tombée malade parce que les chats sont très sensibles au stress, que la disparition d’un compagnon est un manque, qu’elle ressent ma tension (je ne dors plus, je la surveille comme je surveillais le vieux chat). Du coup je dramatise, et puis lui donner des remèdes est une lutte de griffes, de dents et de refus obstiné. Je perds un peu courage, en attention aiguë à ses besoins ….épuisée moralement. Je sais que c’est exagéré. Mais je le VIS. Je me sens terriblement seule. Mes grandes convictions sur la solitude comme construction de toutes les indépendances en prennent plein la tronche. Et bien sûr je refuse toutes les mains tendues car j’ai honte, que mes pleurs son des peurs AUSSI sur d’autres morts (j’ai vécu depuis la corse des deuils durs absolument seule, c’est une usure des forces vives). Il y a des jours vraiment où je me trouve un peu présomptueuse avec ma forteresse ébréchée.