POUR L'AMOUR DE L'AMOUR
Elles sont pâmées, livrées, ravies, enfiévrées, languissantes et pures.
Elles ont l'excès pour mesure.
Elles brûlent d'un ineffable feu.
Elles vont sans frein ni retenue porter leurs abîmes aux cieux.
Elles ne cherchent pas l'impossible mais le trouvent en tous lieux.
Elles changent les épreuves en preuves et les tourments qui les torturent transcrivent d'indicibles chants.
Elles se défont de ce qui les mène.
Elles s'allouent de foudroyants mystères.
Elles veillent sur un linceul, une résurrection, un tombeau déserté.
Elles rabrouent le désir qui comble tous leurs voeux.
Elles expie
nt une faute vivace.
Elles expirent à pleins poumons.
Elles gardent la bouche ouverte.
Elles tendent ou tordent leurs mains vides.
Elles sont de soleil et de nuit, d'embrasement, de ténèbre, de néant et d'aube infiniment.
Elles ont des secrets de femmes et d'anges.
Elles saignent d'un autre sang.
Leur corps est un embarcadère qui s'arrache à la terre.
Leur corps est un vaisseau qui sombre dans un éblouissement, un éclair,
une haute lumière.
Leur corps est une voile volée à l'ouragan.
Leur corps est une aile qui s'évade pour une éternité d'un jour, d'une heure
ou d'un instant.
Leur corps à l'abandon est de tous les voyages.
Leur corps est un naufrage aux rives de l'au-delà.
Leur corps se couvrent du sel d'océans qui n'existent pas.
Elles étincellent et sont livides.
Elles sont au monde pour se libérer de ce monde.
Elles souffrent d'une famine qui creuse plus que la faim.
Elles s'inventent souvent un ciel infernal qui a goût d'azur calciné.
Elles savent qu'oraison n'est pas raison et que les mots sur les lèvres disent
parfois ce qui ne se peut dire.
Elles sont les messagères d'un scandale éclatant.
Elles sont folles avant d'être saintes.
Elles vivent dans un ailleurs d'extase et ne reviennent jamais tout à fait dans leur corps de départ.
Elles sont des visions incarnées.